Les comparatifs de solutions pour créer un site vitrine se ressemblent tous : plateforme en ligne, CMS, agence web, avantages, inconvénients, « cela dépend de votre budget ». Ils passent à côté des deux questions qui déterminent réellement le coût d’un site sur cinq ans — ce que vous pourrez emporter le jour où vous changerez de solution, et ce que la loi vous impose de publier, sous peine de sanctions pénales que peu de dirigeants connaissent.
Nous reprenons donc la comparaison sous cet angle, puis nous détaillons les obligations réellement applicables à un site vitrine — en écartant au passage une réglementation dont beaucoup de prestataires vous diront à tort qu’elle vous concerne.
Les trois voies, comparées sur ce qui compte
Les critères habituels — facilité, prix d’entrée, choix de modèles — se valent tellement d’une solution à l’autre qu’ils ne départagent rien. Voici la même comparaison sur des critères qui produisent une différence au bout de trois ans.
| Plateforme en ligne | CMS auto-hébergé | Agence web | |
|---|---|---|---|
| Ce que vous emportez | Vos textes et images, rarement plus | La totalité : base de données, fichiers, thème | Dépend du contrat, à négocier avant |
| Coût récurrent | Abonnement, révisable unilatéralement | Hébergement + maintenance | Hébergement + contrat de maintenance |
| Qui porte la sécurité | La plateforme | Vous, ou votre prestataire | L’agence, selon contrat |
| Marge de manœuvre SEO | Contrainte par la plateforme | Complète | Complète |
| Le risque principal | Dépendance tarifaire | Maintenance négligée | Dépendance au prestataire |
Le critère que personne ne regarde : la portabilité
Un site vitrine vit en moyenne bien plus longtemps que la décision qui l’a créé. La question n’est donc pas « quelle solution est la meilleure aujourd’hui », mais « que se passe-t-il si je veux partir dans trois ans ».
Sur une plateforme tout-en-un, vous récupérez généralement vos contenus, jamais la mise en page ni les fonctionnalités : reconstruire est inévitable. Sur un CMS auto-hébergé, l’ensemble vous appartient et se transfère chez un autre hébergeur. Avec une agence, tout dépend d’une clause que l’on oublie de négocier : qui détient le nom de domaine, les accès à l’hébergement, et les droits sur les développements spécifiques.
Ce que la loi impose à tout site vitrine
Les mentions légales : une obligation pénalement sanctionnée
C’est l’obligation la plus universelle et la plus négligée. Elle est imposée à tout éditeur de site accessible au public par la loi LCEN du 21 juin 2004, quel que soit le statut juridique et même si le site ne vend rien.
Point que la plupart des articles n’ont pas encore intégré : la structure du texte a changé. Les informations d’identification obligatoires figuraient à l’article 6, III de la LCEN ; elles sont désormais à l’article 1-1, I, depuis la loi SREN du 21 mai 2024, avec un ajout substantiel — la mention des sous-traitants qui stockent les données traitées par l’éditeur.
Les sanctions ne sont pas symboliques. Le défaut de mise à disposition de ces mentions constitue un délit : l’article 1-2 de la LCEN, dans sa rédaction issue de la loi SREN, punit d’un an d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende la personne physique, ou le dirigeant de droit ou de fait de la personne morale, qui édite le service en méconnaissant ces prescriptions. Pour les personnes morales, l’amende peut atteindre 375 000 euros, en application de l’article 131-38 du Code pénal.
En pratique, les poursuites restent rares et interviennent surtout à l’occasion d’un litige commercial. Mais un concurrent peut parfaitement vous signaler, et le coût de la mise en conformité est nul comparé au risque.
Le contenu attendu
Pour une personne physique, la loi exige les nom et prénoms, le domicile, le numéro de téléphone et, si l’intéressé est assujetti à une inscription au registre du commerce et des sociétés ou au registre national des entreprises, son numéro d’inscription. Pour une société, s’y ajoutent la dénomination, la forme juridique, le capital, le siège, ainsi que l’identité du directeur de la publication et celle de l’hébergeur.
Données personnelles et cookies
Un simple formulaire de contact suffit à faire entrer votre site vitrine dans le champ du RGPD. Le règlement s’applique à tout site qui collecte ou traite des données personnelles de résidents européens, ce qui concerne en pratique la quasi-totalité des sites.
Les mentions légales, la politique de confidentialité, les conditions générales de vente et la bannière cookies sont quatre documents distincts, régulièrement confondus. Un site vitrine sans vente n’a pas besoin de CGV, mais il lui faut les trois autres dès qu’il collecte la moindre donnée ou dépose un traceur de mesure d’audience.
Accessibilité : êtes-vous vraiment concerné ?
C’est l’argument commercial le plus utilisé depuis un an par les prestataires web, et il repose souvent sur un raccourci. Remettons les faits en ordre.
L’European Accessibility Act, directive 2019/882 transposée en France par le décret 2023-931 du 9 octobre 2023, est entré en application le 28 juin 2025. Avant cette date, l’obligation d’accessibilité numérique était réservée au secteur public et aux très grandes entreprises.
Deux filtres se cumulent pour déterminer si vous êtes assujetti.
- La nature du service. Le texte vise les entreprises fournissant un service B2C couvert : commerce en ligne, banque, livre numérique, transport, télécommunications, médias. Les services strictement B2B ne sont pas visés. Un site vitrine qui présente une activité sans permettre de transaction se situe en dehors de ce périmètre.
- La taille. L’exemption micro-entreprise est cumulative : moins de dix salariés ET un chiffre d’affaires ou un total de bilan n’excédant pas 2 millions d’euros. La condition d’effectif est déterminante : une société de quinze salariés est assujettie même avec 500 000 euros de chiffre d’affaires.
Autrement dit : la grande majorité des sites vitrines de PME échappent à cette obligation, soit par la nature du service, soit par le seuil d’effectif — et souvent par les deux. Le raisonnement par seuil est le même que celui qui gouverne vos obligations sociales par tranche d’effectif.
À noter enfin, pour les structures concernées : les contrats de service conclus avant le 28 juin 2025 bénéficient d’une période transitoire et peuvent rester en vigueur sans modification jusqu’à leur terme, au plus tard jusqu’au 28 juin 2030.
Choisir, concrètement
Points forts
- Nom de domaine déposé à votre nom, systématiquement
- Accès à l'hébergement et à l'administration remis dès le départ
- Contenus exportables dans un format réutilisable
- Mentions légales publiées avant la mise en ligne, pas après
- Un devis qui distingue création, hébergement et maintenance
Points faibles
- Choisir sur le prix d'entrée sans regarder le coût à trois ans
- Laisser le prestataire déposer le domaine à son nom
- Confondre mentions légales, politique de confidentialité et CGV
- Souscrire une prestation d'accessibilité sans vérifier l'assujettissement
- Négliger la maintenance d'un CMS auto-hébergé
Une règle simple pour trancher : si votre site doit rester un support de présentation et que personne en interne ne s’occupera de sa maintenance, une plateforme suffit et son manque de souplesse ne vous coûtera rien. Si le site doit devenir un canal d’acquisition — donc supporter du contenu, du référencement et des évolutions —, l’absence de contrainte technique devient déterminante, et le CMS auto-hébergé reprend l’avantage. L’agence se justifie lorsque le besoin est spécifique ou que le temps interne manque, à condition d’avoir sécurisé les trois clauses évoquées plus haut.
Pour aller plus loin
- Dialogue social : vos obligations selon votre effectifLe même raisonnement par seuils, appliqué aux obligations sociales de l’entreprise.Voir les seuils
- Stratégie sociale d'entreprise : définition et mise en placeCe qui structure la croissance d’une PME au-delà du carnet de commandes.Lire le guide
- Investir dans un fonds de commerceUtile si votre projet passe par la reprise d’une activité existante et de ses actifs numériques.Lire le dossier
Questions fréquentes
Les mentions légales sont-elles obligatoires sur un site vitrine qui ne vend rien ?
Oui, sans exception. L’obligation pèse sur tout éditeur d’un site accessible au public, quel que soit son statut juridique et indépendamment de toute activité de vente. Un site de présentation d’une activité libérale ou artisanale y est soumis au même titre qu’une boutique en ligne. Le défaut de publication constitue un délit passible d’un an d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende pour une personne physique, et jusqu’à 375 000 euros pour une société.
Mon site vitrine doit-il être accessible aux personnes handicapées ?
Légalement, probablement pas. L’obligation issue de l’European Accessibility Act vise les entreprises fournissant un service au consommateur dans des secteurs limitativement énumérés : commerce en ligne, banque, transport, télécommunications, médias, livre numérique. Un site de simple présentation n’entre pas dans ce périmètre. S’y ajoute une exemption cumulative pour les structures de moins de dix salariés dont le chiffre d’affaires ou le total de bilan n’excède pas deux millions d’euros.
À qui appartient mon nom de domaine si une agence l'a déposé ?
À celui qui figure comme titulaire dans l’enregistrement, et ce n’est pas nécessairement vous. C’est le point de blocage le plus fréquent lors d’une séparation avec un prestataire : sans être titulaire, vous ne pouvez ni transférer le domaine ni le récupérer sans son concours. Vérifiez dès maintenant qui est déclaré titulaire, et exigez que ce soit votre entreprise. Une régularisation en cours de relation reste possible mais dépend de la bonne volonté du prestataire.
Quelle solution choisir pour un site destiné au référencement ?
Un CMS auto-hébergé, dans la grande majorité des cas. La contrainte n’est pas tant la qualité technique des plateformes en ligne, généralement correcte, que la marge de manœuvre : structure des URL, gestion fine des balises, contrôle du temps de chargement, ajout de données structurées. Ces leviers deviennent déterminants dès lors que le site doit produire du trafic plutôt que servir de simple carte de visite.
Que faut-il négocier avant de signer avec une agence web ?
Trois points, avant la signature. Le dépôt du nom de domaine au nom de votre entreprise. La remise des accès à l’hébergement et à l’administration du site, y compris pendant la relation contractuelle. Et la cession écrite des droits sur les développements spécifiques réalisés pour vous. Ces clauses ne coûtent rien à obtenir en amont et deviennent très difficiles à négocier une fois le projet livré ou la relation dégradée.
Faut-il des CGV sur un site vitrine ?
Non, si aucune vente n’est conclue en ligne. Les conditions générales de vente encadrent une relation contractuelle de vente à distance, ce qui suppose un tunnel de commande. En revanche, trois autres documents restent nécessaires dès qu’il y a un formulaire de contact ou un outil de mesure d’audience : les mentions légales, la politique de confidentialité au titre du RGPD, et l’information relative aux traceurs. Ces quatre documents sont régulièrement confondus.
Sources
- Loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 (LCEN), articles 1-1 et 1-2, dans leur rédaction issue de la loi SREN n° 2024-449 du 21 mai 2024
- Code pénal, article 131-38
- Directive (UE) 2019/882 (European Accessibility Act) ; décret n° 2023-931 du 9 octobre 2023
- Norme EN 301 549 ; RGAA version 4.1.2
- Règlement (UE) 2016/679 (RGPD)
Ce contenu est documentaire et ne constitue pas un conseil juridique. L’assujettissement aux obligations d’accessibilité s’apprécie au cas par cas, en fonction de la nature exacte des services proposés.


